L'entrée de Rachida Dati au gouvernement vient de provoquer l'explosion du groupe LR, Changer Paris, au Conseil de Paris. Et au sein de la majorité présidentielle, la maire du VIIe ne fait pas l'unanimité. LP/Olivier Corsan

Municipales

Elle a beau figurer au sommet d’un sondage sur la bataille des prochaines municipales face à la majorité parisienne, Rachida Dati sème la pagaille partout : en plus d’être en train de diviser ses anciens camarades de la droite, la ministre de la Culture clive également parmi les élus Renaissance.

Le Parisien - 2 avril - Par Marie-Anne Gairaud

Rachida Dati l’a déjà déclaré à plusieurs reprises, elle candidatera à la mairie de Paris en 2026. Et le dernier sondage paru dimanche 24 mars dans La Tribune l’a sans doute confortée dans son ambition, puisqu’elle y apparaît en position de force pour incarner l’alternative à l’équipe municipale en place.

Reste que pour le moment, la ministre de la Culture est loin de faire l’unanimité dans l’opposition parisienne. En plus d’avoir fait exploser le groupe LR Changer Paris, son entrée au gouvernement sème la pagaille au sein de la majorité présidentielle.

Le sénateur LR Francis Szpiner, soutenu par le patron des Républicains Éric Ciotti, est parti monter son propre groupe avec une dizaine d’élus. « En 2020, Rachida Dati avait été investie pour représenter Les Républicains aux élections municipales. Elle a décidé de quitter LR pour une aventure personnelle qui nous fragilise collectivement. Elle n’est plus en mesure aujourd’hui d’incarner le rassemblement, encore moins de le construire », a déclaré le sénateur dans les colonnes du Figaro.

Le patron de Renaissance tend la main à la ministre

Mercredi 27 mars, lors d’une conférence de presse, le patron de Renaissance à Paris, le député Sylvain Maillard, a, lui, clairement fait un pas dans la direction de Rachida Dati. « Tous ceux qui sont dans la majorité présidentielle ont vocation à être candidat », a expliqué Sylvain Maillard. Et depuis son entrée au gouvernement, la maire du VIIe en fait partie.

L’an dernier, lors de son élection à la tête de la fédération parisienne, Sylvain Maillard avait évoqué la possibilité que la tête de liste de Renaissance aux prochaines municipales soit désignée par les militants. « À moins qu’un candidat naturel n’émerge », avait-il ajouté. Aujourd’hui, à ses yeux, après le sondage paru dimanche dernier, Rachida Dati pourrait bien être cette « candidate naturelle ».

Le député n’a pas caché avoir des contacts réguliers avec la maire du VIIe. « À part quelques personnes, son entrée au gouvernement a été plutôt bien accueillie chez nous », assure Sylvain Maillard. « Il n’y a pas vraiment eu de levée de boucliers contre elle », confirme une élue Renaissance.

Certains députés macronistes plus réservés

Certains députés du parti présidentiel ne masquent cependant pas leur réticence, sous couvert d’anonymat, vis-à-vis de la ministre de la Culture. « Dati ne pose pas de problème à Maillard puisqu’il vient de la droite. Mais nous sommes quelques-uns à être plus réservés vis-à-vis d’elle », rapporte l’un d’entre eux. « Elle a quand même quelques ennuis judiciaires », murmure un autre. « Dati, tête de liste pour Renaissance… Ça ne va pas passer comme une lettre à la poste », prédit une ancienne marcheuse venue de la gauche.

S’ajoute à ces réserves que Sylvain Maillard ne devra pas seulement convaincre les militants de son parti, mais aussi les autres partis partenaires de la majorité présidentielle. Au MoDem, la patronne parisienne Maud Gatel se montre prudente. « Les sondages, ça donne un éclairage à un moment donné. Ça ne doit pas être la seule boussole. Et avant de parler tête de liste il faut un projet, une équipe », martèle l’élue du XVe.

Horizons a déjà un candidat

Édouard Philippe, le patron d’Horizons, a lui déjà explicitement manifesté son soutien à la candidature de… Pierre-Yves Bournazel, élu dans le XVIIIe arrondissement. Ce dernier est crédité de 4 % d’intentions de vote dans le sondage de La Tribune. « Les sondages, à deux ans des élections, donnaient aussi DSK et Jack Lang mieux placés que Delanoë. Et en 2018, ils donnaient Benjamin Griveaux favori pour 2020 », observe le conseiller de Paris.

Pas question, donc, de renoncer à sa candidature sur la foi d’une enquête d’opinion. « Il ne faut pas confondre notoriété et légitimité. Moi je bosse à plein temps pour Paris et mon seul sujet, c’est de servir les Parisiennes et les Parisiens », insiste-t-il.

Finalement, pour le moment, les composantes de la majorité présidentielle ne semblent s’accorder que sur un seul point : la nécessité de se rassembler pour espérer remporter l’élection de 2026. Il y a encore du chemin à faire.