réanimation covid

Épidémie

 C'est ce qu'a déclaré le professeur Jean-François Toussaint, coutumier d'un certain optimisme depuis le début de l'épidémie. À raison ?

Le Figaro - 13 octobre 2020 - Par Alexis Feertchak

LA QUESTION. Ce lundi, le premier ministre a pour la première fois qualifié la recrudescence épidémique de «seconde vague», un choix linguistique qui n'est pas anodin alors que le gouvernement français, comme plusieurs de ses homologues européens, pourrait décider ce mercredi de prendre de nouvelles mesures sanitaires. Certaines voix, néanmoins, se veulent rassurantes, à l'image du Pr Jean-François Toussaint, invité de Sud-Radio et coutumier d'un certain optimisme depuis le début de l'épidémie.

«Au mois de mars, le rapport du nombre de décès sur le nombre de positifs était de 10 à 20% selon les jours. Il aurait dû y avoir hier 5400 décès en France. Nous en avons connu 54. Cet état de fait nous montre une maladie qui est 50 à 100 fois moins létale» aujourd'hui qu'en mars dernier, a déclaré le professeur de physiologie à l'Université Paris-Descartes qui en conclut que «l'expansion actuelle du virus montre un taux d'immunisation important» de la population. Néanmoins, son raisonnement de départ est-il juste ? Le virus est-il bien 50 à 100 fois moins létal, au regard de l'évolution du rapport entre le nombre de morts et le nombre de cas positifs ?

VÉRIFIONS. Le Pr Toussaint procède à une règle de trois assez simple. Pour la «première vague», prenez d'un côté le nombre de morts chaque jour et de l'autre le nombre de nouveaux cas positifs : vous obtenez un rapport que l'on peut traduire ainsi : «parmi les personnes contaminées, tant meurent». C'est ce que l'on appelle le «taux de mortalité» de la maladie. Faites la même chose en imaginant que la «seconde vague» connaisse le même taux de mortalité, que vous appliquez alors au nombre de cas quotidiens que l'on observe aujourd'hui. Puis comparez le résultat obtenu avec le nombre de morts réellement enregistrés lors de la «seconde vague». Vous pouvez ainsi comparer les deux.

Ainsi, lors de la première moitié du mois d'avril, le nombre de morts chaque jour a varié entre 400 et près de 1400 chaque jour (ce sont des ordres de grandeur). Quant au nombre de cas sur la même période, il évoluait entre 2000 et 7000 (encore un ordre de grandeur). Selon les valeurs que l'on prend, on obtient bien un taux de mortalité de 10 à 20% environ. Gardons donc ce taux et appliquons-le au nombre de cas aujourd'hui. Pour arriver à 5400 morts quotidiens hypothétiques, le Pr Toussaint a certainement choisi le pic du 10 octobre (26.896) auquel il a appliqué la fourchette haute du taux de mortalité de la «première vague» (donc selon lui 20%). On tombe bien à 5379 morts quotidiens, qu'il arrondit à 5400 et compare au nombre réel le 10 octobre : 54. Et voilà ! Le Covid serait aujourd'hui 100 fois moins létal qu'en mars.

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Cas réels contre cas dépistés

L'argument paraît évident et simple, mais il n'est pourtant pas valide du tout. Pour une raison évidente que chacun comprendra : les valeurs choisies par le Pr Toussaint pour dénombrer le «nombre de cas positifs» ne correspondent pas au nombre réel de cas positifs mais au nombre dépisté de cas positifs, deux valeurs absolument incomparables puisque, entre-temps, la France s'est mise à tester massivement, ce qui n'était pas le cas lors du pic épidémique ! Au plus fort de la «première vague«, il n'y avait évidemment pas seulement 2000 à 7000 nouveaux cas positifs chaque jour (soit de 2 à 10 fois moins qu'aujourd'hui !). Cette différence entre «cas réel» et «cas détectés» est aujourd'hui beaucoup plus faible, même si elle doit aussi exister.

Résultat, dans son calcul, le Pr Toussaint utilise au numérateur des valeurs a priori fiables (le nombre de morts) mais d'autres qui ne le sont pas du tout au dénominateur (le nombre de cas positifs). D'ailleurs, le taux de mortalité calculé par le professeur de médecine (10 à 20%) n'est pas du tout réaliste ! Quand on pense que plus de la moitié des cas de Covid sont asymptomatiques ou presque, cela signifierait que vous auriez 1 chance sur 3 voire 1 chance sur 2 de mourir du Covid dès lors que vous développeriez des symptômes. On en est heureusement très loin et, paradoxalement, en raisonnant ainsi, le Pr Toussaint n'est pas «rassuriste» (terme auquel il a déjà été associé par certains de ses collègues) mais absolument «alarmiste».

En réalité, aujourd'hui, la plupart des études scientifiques estiment le taux de mortalité réel du Covid entre 0,5% et 1%, autrement dit : sur 100 personnes contaminées, une voire moins d'une en meurt. La différence considérable entre cette valeur et les 10 ou 20% mentionnés par le Pr Toussaint s'explique donc principalement par l'évolution des politiques de dépistage. L'Institut Pasteur a tenté d'estimer, via des modèles mathématiques, le nombre réel de cas quotidiens de contamination lors de la «première vague» : avant le déconfinement, il aurait atteint des valeurs comprises entre 180.000 et 490.000, donc très loin des quelques milliers officiellement dépistés. Des valeurs plus cohérentes avec l'estimation du taux réel de mortalité du Covid-19 et avec le nombre de morts quotidiens répertoriés depuis le début de la «seconde vague» (quelques dizaines de morts par jour pour 10.000/20.000 contaminations quotidiennes).

En résumé, en raison de ce biais statistique, il est impossible de dire que le Covid est «50 ou 100 fois moins létal» aujourd'hui par rapport à mars. Ou que, s'il était resté aussi létal, nous aurions aujourd'hui un nombre de morts quotidiens de plus de 5000. Pour autant, cela signifie-t-il que le taux de mortalité du Covid est resté le même ? Pas forcément, et il est même probable qu'il ait légèrement baissé, grâce à une meilleure prise en charge des patients, à une meilleure connaissance de la maladie, à une meilleure application des gestes barrières. Lors de la première vague, on portait beaucoup moins systématiquement le masque qui n'était alors pas jugé nécessaire par les autorités. Depuis, le discours a changé et les scientifiques émettent même l'hypothèse qu'en plus de réduire le risque de contamination, le masque pourrait en plus réduire la gravité de celle-ci. Autant de raisons qui font que l'on meurt probablement un petit peu moins du Covid aujourd'hui qu'en mars, mais on est très loin d'un facteur 50 ou 100 qui apparaît comme un simple artifice statistique.

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