Société Civile

Notre pays compte-t-il plus de démunis que ses voisins ? Les écarts entre pauvres et riches se creusent-ils vraiment ? Voici notre dossier pour répondre aux idées reçues.

 

Le Parisien - 22 janvier 2019 - Par Bérangère Lepetit

La France, secouée par une crise sociale inédite, est-elle de plus en plus inégalitaire ? A l’heure où les citoyens sont invités à s’exprimer et à réfléchir sur le devenir du pays, voici cinq questions pour répondre aux idées reçues.

redistributionLa France est-elle toujours la championne de la redistribution ?

OUI. Notre pays reste l’un des pays d’Europe où l’argent est le plus généreusement redistribué des riches vers les pauvres. C’est la vertu de notre « Etat-providence » crée en France après la Seconde Guerre mondiale avec la mise en place de la sécurité sociale. En France, selon les chiffres de l’OCDE (l’organisation de coopération et de développement économique regroupe les 36 pays les plus développés du monde), le niveau d’inégalité de revenus parmi la population en âge de travailler est réduit d’un tiers grâce au cumul des impôts et des prestations sociales (les allocations-chômage et logement, par exemple). Là où, dans les autres pays de l’OCDE, cette réduction n’est que… d’un quart !

MAIS la France ne fait cependant pas partie du groupe des pays les plus égalitaires dans le monde. En Europe, cinq pays ont même aujourd’hui des taux de réduction d’inégalité plus hauts que la France : c’est le cas du Danemark, de la Finlande, de l’Irlande, de la Slovénie et de la Belgique. La France figure donc au sixième rang européen, devant l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne… et même la Suède !

Les inégalités se sont-elles creusées ces dernières années ?

NON. Les inégalités de revenus ont plutôt tendance à stagner en France. « Depuis 2013, on assiste à une stabilisation des inégalités, c’est la bouteille à moitié pleine, remarque Anne Brunner, chef de projet à l’observatoire des inégalités. La bouteille à moitié vide, c’est que nous ne parvenons pas à retrouver notre niveau d’avant-crise », poursuit-elle. Et pour cause ! La France est l’un des très rares pays de l’OCDE où les inégalités de revenus ont reculé jusqu’à la moitié des années 1990. Mais en 2008, dans le sillage de la crise financière née aux Etats-unis avec la faillite de la banque d’investissement Lehman Brothers, la situation s’est retournée et les inégalités se sont accentuées. Ces dernières années, elles reculent à nouveau. Résultat : les inégalités de revenus sont aujourd’hui en France au même niveau qu’un pays comme l’Allemagne, soit légèrement en dessous de la moyenne européenne.

MAIS dans l’Hexagone, les inégalités sont, en revanche, bien plus accentuées en matière de patrimoine. Et, « au-delà des inégalités de ressources, on constate aussi en France une inégalité des chances, matérialisée par une mobilité sociale insuffisante », souligne Michael Förster, économiste spécialiste des inégalités à l’OCDE qui évoque d’autres critères où la France est en dessous de la moyenne européenne comme l’indicateur dit du « bien-être » mesurant « le niveau moyen de satisfaction à l’égard de l’existence ». Il faut par exemple, selon l’OCDE, attendre six générations pour que les enfants issus d’une famille en bas de l’échelle de distribution des revenus atteignent le revenu dit « moyen » contre 4 à 5 générations en moyenne dans les autres pays de l’OCDE.

Les écarts de revenus entre les riches et les pauvres ont-ils tendance à augmenter ?coefgini

NON. Ils stagnent. La crise a, en France, pénalisé les revenus les plus faibles tandis que la reprise économique observée depuis 2016 a, elle, bénéficié aux plus hauts revenus. Malgré ces évolutions, nous avons aujourd’hui, concernant les écarts de revenu entre riches et pauvres, retrouvé un niveau d’avant-crise. « Il y a eu un double mouvement. Entre 2007 et 2011, les écarts ont augmenté avant de reculer à nouveau depuis six ans », précise Mickaël Förster, à l’OCDE. Notre revenu moyen s’est aussi stabilisé.

tauxpauvreteLa pauvreté s’accentue-t-elle en France ?

NON. Sur les trente dernières années, la pauvreté a reculé dans notre société. « Notre système sociofiscal joue le rôle d’amortisseur et contient la hausse du nombre de pauvres, même en temps de crise. Sans ce dispositif, il faut bien se rendre compte que 10 % de la population aurait été poussée à la rue depuis 2008 », avance Anne Brunner.

MAIS les personnes âgées deviennent de moins en moins pauvres tandis que les jeunes, eux, s’appauvrissent. « Les jeunes, les chômeurs et les familles monoparentales sont actuellement les catégories de la population les plus exposées », relève Michael Förster.

Le patrimoine est-il un facteur-clé qui explique les inégalités ?

OUI. Il est très difficile de parler d’inégalités sans évoquer la question du patrimoine (NDLR : qui correspond à la somme des biens et de l’argent mis à la disposition de chacun dès sa naissance et – par héritage — au moment du décès de ses parents). En France, les 10 % les plus aisés concentrent à eux seuls la moitié du patrimoine. Or, les inégalités de patrimoine sont en hausse. Entre 2010 et 2015, le patrimoine moyen des 10 % des ménages les moins dotés a diminué de 30 % en France. Pour ceux-là, l’ascenseur social semble en panne.

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