Société

Affaibli depuis de longues années, l'ancien président de la République (1995-2007) est mort ce jeudi à son domicile parisien. Jacques Chirac avait 86 ans.

 

Jeudi 26 septembre - Par Gaspar Gantzer

J’avais seize ans et des étoiles dans les yeux. Nous étions une cinquantaine de jeunes gens, timidement installés autour du Président de la République à la faveur d’une concertation sur l’abolition du service militaire. Je m’efforçais de contenir mon vertige comme je le pouvais. Même dans le salon Murat, l’on se sent difficilement Ministre à seize ans. Mais Jacques Chirac portait dans les sillons de son regard et dans le nuancier de sa voix cette bienveillance facile, une empathie naturelle, sans doute apanage d’une vie à aimer les Français, qui nous rassurait autant qu’elle nous invitait au dialogue. C’était là une disposition qui, chez lui, m’était familière et ne laissait pas indifférent le jeune Parisien que j’étais.
Car avant d’être le Président de mon éveil politique, Jacques Chirac fut le Maire de mon enfance.
Premier Maire de la capitale depuis Jules Ferry, Jacques Chirac avait une vision pour Paris. Il la dessina avec courage, notamment en revenant sur de nombreux projets gouvernementaux comme celui de la radiale Vercingétorix qui aurait fait entrer l’autoroute dans Paris et en reprenant la construction de la voie Express Rive Gauche voulue par Georges Pompidou mais abandonnée par Valéry Giscard d’Estaing. Il lança le programme « Paris Ville Propre », réhabilita de nombreuses friches industrielles sur les quais de la Seine comme dans les quartiers populaires et initia puis pilota la construction du Palais omnisports de Paris-Bercy.
Au cours de ses trois mandats, Jacques Chirac fit mûrir la capitale, probablement habité par la même énergie avec laquelle il livra la « Bataille pour Paris » contre Michel d’Ornano, le candidat de la majorité, investi par l’Elysée et donné grand favori de l’élection de 1977.
Jacques Chirac était l’homme de tous les combats. Celui pour lequel chaque pas devait être un but. Un hussard qui tenait l’audace pour étoile du Nord et la transgression pour sabre briquet. Il passa une vie à enjamber des tourniquets : « l’appel des 43 », sa démission des fonctions de Premier ministre contre la volonté du Président Giscard d’Estaing – fait unique dans la Cinquième République, le retour en course inespéré puis la victoire en 1995. Et 2003. Cette indomptable résistance aux velléités belliqueuses américaines, ultime démonstration de force qui fit croire au monde que le jour désormais se levait en France, et alluma le foyer de l’orgueil patriotique dans chacune de nos âmes.
Tout ce qu’il entreprit, Jacques Chirac le fit avec verbe et panache. Nous n’oublierons jamais ses pas élancés, ses manches retroussées et sa douce désinvolture. Nous n’oublierons jamais Jérusalem, cet accent français à couper au couteau et le plus vertueux coup de sang de l’histoire récente de la politique étrangère française. Nous n’oublierons jamais 2002, son intransigeance face à l’extrême droite et les 82% pour la République. Il fut l’homme de l’intransigeance et de l’union nationale.
Ne vous y trompez pas, Bernadette Chirac : les Français ont aimé et aiment votre mari.
Un autre Corrézien m’a dit un jour que le temps est la matière première de la politique. J’ai toujours eu le cœur à gauche et j’ai parfois contesté les décisions de Jacques Chirac, comme le cadet conteste le patriarche. Avec fougue mais jamais sans admiration. Celle-là même que les usages de l’arène politique nous invitent hélas à taire et dont le temps qui passe permet l’heureuse éclosion. J’ai admiré Jacques Chirac. Je veux rendre hommage au grand homme qu’il fut, avec toute l’expression de ma reconnaissance citoyenne et l’affection qu’un Français peut porter à celui qui fut un magnifique serviteur de la patrie.
Jacques Chirac était de cette étoffe dont sont faits les astres de la République. Astres filants par nature. Et dont les nuées continueront longtemps à colorer nos cœurs, et à inspirer nos lendemains.
Car les Françaises et les Français continueront à grandir avec son souvenir. Nous raconterons aux générations à venir ce qu’il fut et ce que nous lui devons.
Avec la disparition de Jacques Chirac, nous tournons une page de l’histoire de notre pays. Nous le faisons dans le deuil et le tremblement, mais avec l’assurance que le reflet de son être et l’écho de ses actions nourriront pour toujours l’idée que l’on doit se faire de la France et de la République qu’il nous laisse en héritages.

 

Partagez cet article
  1. Commentaires (0)

  2. Ajouter le votre
Voté 0 sur 5 basé sur 0 voteurs
Il n'y a pas encore de commentaires postés ici

Ajouter vos commentaires

  1. Poster en tant qu'invité.
Rate this post:
0 Caractères
Pièces jointes (0 / 3)
Partager votre emplacement
Tapez le texte présenté dans l'image ci-dessous. Pas clair?

Nos Visiteurs

242035
Aujourd'huiAujourd'hui290
HierHier622
Cette semaineCette semaine2432
Ce mois-ciCe mois-ci8018
Depuis toujoursDepuis toujours242035
Le jour le plus visité et pays d'origine du dernier visiteur 01-13-2019 : 1097
UNITED STATES
US

Vous connecter

Notre Lettre d'Information

Abonnez-vous et recevez gratuitement la Lettre Ambition France.
Civ.
J'accepte que mes données personnelles soient conservées par Ambition France
Si vous ne souhaitez plus recevoir notre Lettre d'Informations, merci de vous désinscrire ci-dessus après avoir rempli tous les champs
Voir notre politique de confidentialité

Acteurs Société Civile

Europe - Consultations citoyennes