International

Dans un entretien à The Economist, Emmanuel Macron s’inquiète de l’avenir de l’Otan (Organisation du traité de l’Atlantique nord) et plaide pour muscler l’Europe de la Défense. Il s’alarme également de la « fragilité extraordinaire de l’Europe » qui « disparaîtra », si elle ne « se pense pas comme puissance dans ce monde ». Enfin, le chef de l’État estime que la règle des 3 % du PIB relève d’un « débat d’un autre siècle ».

 

Ouest France - 7 novembre 2019 - La Rédaction, avec l'AFP

Mort cérébrale de l’Otan, l’Europe qui risque de disparaître, la règle du déficit de 3 % du PIB dépassée… Le président de la République Emmanuel Macron a adopté un ton alarmiste et offensif dans l’interview publiée ce jeudi par l’hebdomadaire britannique The Economist.

« Muscler » l’Europe de la Défense

Sur l’Organisation du traité de l’Atlantique nord, d’abord : « Ce qu’on est en train de vivre, c’est la mort cérébrale de l’Otan », a estimé le président français. Il l’explique par le désengagement américain vis-à-vis de ses alliés de l’Otan et du comportement de la Turquie, membre de l’alliance.

Il faut « clarifier maintenant quelles sont les finalités stratégiques de l’Otan », a affirmé le chef de l’État, en plaidant à nouveau pour « muscler » l’Europe de la Défense, alors qu’un sommet de l’Otan aura lieu à Londres début décembre.

« L’Europe qui doit se doter d’une autonomie stratégique et capacitaire sur le plan militaire. Et d’autre part, rouvrir un dialogue stratégique, sans naïveté aucune et qui prendra du temps, avec la Russie », a estimé Emmanuel Macron.

La chancelière allemande a indiqué jeudi ne pas partager cette vision « radicale ».« Je ne pense pas qu'un tel jugement intempestif soit nécessaire, même si nous avons des problèmes, même si nous devons nous ressaisir », a ajouté la chancelière allemande lors d'une conférence de presse avec le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg.

« Aucune coordination entre les États-Unis et l’Otan »

Évoquant l’intervention turque la frontière syrienne, il a précisé : « Vous n’avez aucune coordination de la décision stratégique des États-Unis avec les partenaires de l’Otan et nous assistons à une agression menée par un autre partenaire de l’Otan, la Turquie, dans une zone où nos intérêts sont en jeu, sans coordination », a-t-il souligné. « Ce qui s’est passé est un énorme problème pour l’Otan. »

Dans ces conditions, Emmanuel Macron s’interroge en particulier sur l’avenir de l’article 5 du traité atlantique, qui prévoit une solidarité militaire entre membres de l’Alliance si l’un d’entre eux est attaqué : « Si le régime de Bachar al-Assad décide de répliquer à la Turquie, est-ce que nous allons nous engager ? Le paradoxe, c’est que la décision américaine et l’offensive turque dans les deux cas ont un même résultat : le sacrifice de nos partenaires sur le terrain qui se sont battus contre Daech, les Forces démocratiques syriennes », estime Emmanuel Macron.

« La fragilité extraordinaire de l’Europe »

Emmanuel Macron s’alarme également de la « fragilité extraordinaire de l’Europe » qui « disparaîtra », si elle ne « se pense pas comme puissance dans ce monde ».

« Je ne crois pas dramatiser les choses, j’essaye d’être lucide », souligne le chef de l’État qui pointe trois grands risques pour l’Europe : qu’elle ait « oublié qu’elle était une communauté », le « désalignement » de la politique américaine du projet européen, et l’émergence de la puissance chinoise « qui marginalise clairement l’Europe ».

Épuisant Brexit

« Depuis 70 ans, on a réussi un petit miracle géopolitique, historique, civilisationnel : une équation politique sans hégémonie qui permet la paix. […] Mais il y a aujourd’hui une série de phénomènes qui nous mettent dans une situation de bord du précipice », insiste Emmanuel Macron, qui voit aussi l’UE « s’épuiser sur le Brexit ».

Le président français estime d’abord que « l’Europe a oublié qu’elle était une communauté, en se pensant progressivement comme un marché, avec une téléologie qui était l’expansion ». Selon le chef de l’État, il s’agit là d’une « faute profonde parce qu’elle a réduit la portée politique de son projet, à partir des années 1990 ».

Les États-Unis « regardent ailleurs »

Deuxième danger : les États-Unis qui restent « notre grand allié » mais « regardent ailleurs » vers « la Chine et le continent américain ».

Ce basculement a été amorcé sous Barack Obama, estime le chef de l’État. « Mais pour la première fois, nous avons un président américain (Donald Trump) qui ne partage pas l’idée du projet européen, et la politique américaine se désaligne de ce projet », estime-t-il.

Le monde se rééquilibre, l’Europe se marginalise

Enfin, le rééquilibrage du monde va de pair avec l’émergence - depuis quinze ans - d’une puissance chinoise qui crée un risque de bipolarisation et marginalise clairement l’Europe. Et à ce risque de « G2 États-Unis/Chine, s’ajoute le retour de puissances autoritaires, au voisinage de l’Europe, qui nous fragilisent également très profondément », ajoute Emmanuel, citant la Turquie et la Russie.

En conséquence, il estime que si les Européens n’ont « pas un réveil, une prise de conscience de cette situation et une décision de s’en saisir, le risque est grand, à terme, que géopolitiquement nous disparaissions, ou en tout cas que nous ne soyons plus les maîtres de notre destin. Je le crois très profondément ».

La règle des 3 % du PIB, « débat d’un autre siècle »

Emmanuel Macron, qui plaide pour une politique d’investissement active en Europe, a également estimé que la règle sur le maintien du déficit public des pays de la zone sous la barre des 3 % du PIB et du 1 % du budget européen, relevait d’un « débat d’un autre siècle ».

Le président français a insisté sur la nécessité d’une relance budgétaire pour alimenter la croissance européenne, une demande à laquelle l’Allemagne fait la sourde oreille. « Nous avons besoin de plus d’expansionnisme, de plus d’investissement. L’Europe ne peut pas être la seule zone à ne pas le faire », a-t-il déclaré

Les Allemands « grands gagnants de la zone euro »

Les Chinois « investissent massivement », a-t-il dit. « Les États-Unis ont creusé le déficit pour investir sur des éléments stratégiques et relancer sur les classes moyennes », a-t-il ajouté.

Les Allemands « sont les grands gagnants de la zone euro, y compris avec ses dysfonctionnements », a poursuivi Emmanuel Macron.

« Aujourd’hui simplement il faut que le système allemand intègre que cette situation n’est pas durable », a-t-il lancé. « À un moment donné ils vont devoir repivoter », a assuré Emmanuel Macron en concédant que le « stimulus budgétaire » restait pour l’heure un « tabou ».

Partagez cet article
  1. Commentaires (0)

  2. Ajouter le votre
Voté 0 sur 5 basé sur 0 voteurs
Il n'y a pas encore de commentaires postés ici

Ajouter vos commentaires

  1. Poster en tant qu'invité.
Rate this post:
0 Caractères
Pièces jointes (0 / 3)
Partager votre emplacement
Tapez le texte présenté dans l'image ci-dessous. Pas clair?

Nos Visiteurs

223875
Aujourd'huiAujourd'hui423
HierHier636
Cette semaineCette semaine2976
Ce mois-ciCe mois-ci8933
Depuis toujoursDepuis toujours223875
Le jour le plus visité et pays d'origine du dernier visiteur 01-13-2019 : 1097
UNITED STATES
US

Vous connecter

Notre Lettre d'Information

Abonnez-vous et recevez gratuitement la Lettre Ambition France.
Civ.
J'accepte que mes données personnelles soient conservées par Ambition France
Si vous ne souhaitez plus recevoir notre Lettre d'Informations, merci de vous désinscrire ci-dessus après avoir rempli tous les champs
Voir notre politique de confidentialité

Acteurs Société Civile

Europe - Consultations citoyennes