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Les crédits affluent de toutes parts pour soutenir l'activité. Et il faut continuer, insiste le FMI. Cet endettement est sans danger, nous dit-on, car les taux sont bas, et l'inflation a disparu. Pour que cela soit soutenable, il faut aussi de la croissance, or elle ne se maintiendra qu'avec la concurrence des marchés extérieurs. On promet pourtant le contraire à l'opinion publique.

Les Echos - 23 octobre 2020 - Par Éric Le Boucher

Le Fonds monétaire international devrait se renommer « aller à fond… monétaire international ». Par la plume de son directeur du département Europe, Alfred Kammer, le FMI vient d'écrire : « Il ne faut pas retirer prématurément les mesures de soutien pour ne pas répéter l'erreur de la crise financière mondiale. » Non seulement, le FMI félicite les gouvernements pour avoir versé des aides aux ménages et aux entreprises sans compter, le « quoi qu'il en coûte » d'Emmanuel Macron, mais il ajoute qu'il faut les maintenir « aussi longtemps qu'il le faudra », dernier clou dans le cercueil de l'orthodoxie budgétaire. Qu'il est loin le temps de la rigueur.

Afflux de crédits

Le FMI prévoit une chute du produit intérieur brut de 7 % en Europe en 2020, avant un rebond de 4,7 % l'an prochain. Calculez, le PIB restera « inférieur de 6,3 % aux projections établies avant la pandémie », cette perte sera très difficile à récupérer. Les aides publiques ont permis de sauver 54 millions d'emplois en Europe. Sans elles, le PIB aurait plongé de 3 ou 4 points de plus. Le bilan est un satisfecit total. La conclusion s'impose : il faut continuer. Maintenir les crédits quitte à transformer les aides au chômage en aide à la reconversion et soutenir la restructuration des entreprises en mettant, « dans certains cas, des capitaux à disposition des entreprises viables ». On se frotte les yeux. Le FMI va-t-il jusqu'à proposer des nationalisations partielles ?

Le même virage, quoique plus progressivement, a été réalisé par les banques centrales qui sont passées de la restriction dans les années 1980 à la baisse des taux puis à l'achat d'obligations publiques et maintenant, étape ultime, à la mise de côté du critère d'inflation. Les Allemands eux-mêmes maugréent mais se laissent faire.

La crise Lehman avait tué l'orthodoxie financière, le marché n'a pas toujours raison. Le Covid anéantit l'orthodoxie budgétaire. L'argent est là, par milliards, parce que la crise est là. Il va être difficile d'expliquer aux populations qu'hier il n'y avait pas d'argent, l'Etat était « en faillite » et aujourd'hui, il y a tout ce qu'il faut et plus encore. Aucun problème, même non lié au Covid comme la lutte contre le terrorisme, qui ne trouve son afflux de crédits.

L'inflation est morte

Comment justifier cette bourse déliée ? Dans l'immédiat, par la deuxième vague de l'épidémie qui arrive et bloque à nouveau l'économie. Mais plus profondément, les économistes ont trouvé le truc : l'inflation est morte. L'hydre est rentrée dans sa tanière, terrassée par la mondialisation. La concurrence de la Chine et des pays à bas salaires pousse les prix vers le bas, irrémédiablement. La technologie produit le même effet : l'électronique, le container, grande invention du siècle dernier, et l'exploitation des schistes bitumineux, qui a fait baisser le pétrole.

Une inflation proche de zéro (en fait à 1 %) change tout, à commencer par la politique monétaire qui peut se consacrer… à l'emploi. La nouvelle doctrine est de ramener les taux eux aussi « à zéro » voire au-dessous, pour non plus contenir la surchauffe de l'activité mais au contraire la soutenir. L'argent devenu pas cher offre une opportunité historique : on peut investir « à fond », pour éduquer, soigner, moderniser l'Etat, pour payer la transition énergétique. Le remède contre la crise Covid s'inscrit dans le droit fil de cette nouvelle doctrine : la dette grossit, certes, mais elle coûte de moins en moins. Alors…

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Les dettes ont augmenté de 20 points dans les pays avancés pour atteindre 125 % du PIB. Les économistes ne s'en alarment pas, ils font de savants calculs pour nous affirmer qu'elles restent « soutenables ». Comment ? Un : les banques centrales en achètent une part qu'ils font disparaître dans leurs bilans. Deux : la croissance supplémentaire tirée par les investissements supplémentaires en paiera une autre part . Il faut et il suffit donc de veiller à ce que le reste ne finance pas des dépenses courantes « improductives » comme le dit l'économiste Patrick Artus.

Succès du libéralisme

Les orthodoxes restent muets mais n'en pensent pas moins. D'abord pour dire que les pays émergents n'ont pas des taux d'intérêt à zéro , ils craqueront en premier, prévoient-ils (le FMI le dit aussi). Ensuite, dans les pays riches, la condition générale est que la croissance reste supérieure aux taux d'intérêt, ce qui signifie deux consensus politiques fondamentaux : il faut de la croissance, il ne faut pas d'inflation, donc maintenir la concurrence du commerce extérieur. En France, on raconte le contraire à l'opinion publique mais c'est le succès du libéralisme qui rend la dette soutenable.

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