Macron Elysée

Politique

Le chef de l'État assiste au départ de ses grognards. Deux ans après son élection, la majorité de ses proches conseillers sont partis.

le Figaro - 27 mars 2019 - Par François-Xavier Bourmaud et Marcelo Wesfreid

Un président qui gouverne seul. La critique a souvent été adressée à Emmanuel Macron depuis son élection. Mais ces dernières semaines, l'odyssée solitaire du président semble plus palpable que jamais. C'est seul que le chef de l'État a imposé l'idée du grand débat à son entourage, peu convaincu par ce projet. C'est seul qu'il a remonté sa courbe sondagière. C'est seul qu'il «digère» les remontées du grand débat, comme il le dit à ses proches, et c'est seul qu'il portera par un discours à la mi-avril des propositions pour sortir de la crise des «gilets jaunes».

Cette solitude s'observe presque physiquement dans les murs de l'Élysée où le quatrième étage est désormais vide. Dans le couloir situé au-dessus du bureau du président de la République, auquel on accède par un escalier étroit, c'était naguère la ruche, avec les allées et venues des plus proches conseillers d'Emmanuel Macron, ceux qui formaient le commando victorieux de 2017. Deux ans plus tard, tous ou presque sont partis.

Dernier en date, Ismaël Emelien, le mystérieux conseiller spécial du président, son homme de confiance depuis le début de l'aventure entamée à Bercy en 2014. L'homme a quitté son bureau, lundi. Les mauvaises langues assurent que ce départ est lié à l'affaire Benalla. L'intéressé dément et invoque le livre sur le progressisme qu'il vient de publier avec David Amiel et dont il fait la promotion. Bras droit du secrétaire général de l'Élysée Alexis Kohler, lui aussi vient de faire ses cartons.

Dans l'angle, le bureau de la plume et conseiller en communication d'Emmanuel Macron n'a toujours pas trouvé preneur. Sylvain Fort a quitté les lieux «pour consacrer du temps à (s)a famille» au début de l'année. À côté, c'est l'antre du conseiller Fabrice Aubert, qui suivait les dossiers institutionnels et le numérique, qui est sans locataire. Tout comme - jusqu'à il y a quelques jours - celui de Stéphane Séjourné, le conseiller politique du président de la République parti diriger la campagne de LREM pour les élections européennes. Après cinq années dans l'ombre d'Emmanuel Macron, qu'il a connu à Bercy, le trentenaire vole désormais de ses propres ailes et prend la parole dans les médias. Bref, il existe, en dehors de la figure écrasante du patron.

C'est dans son bureau que demeure toutefois la seule trace de vie du quatrième étage de l'Élysée. L'homme de l'ombre et communicant Philippe Grangeon s'y est installé. Et encore, seulement à mi-temps. «Il y a une ambiance d'interrègne à la présidence», note un familier des lieux.

Le chef de l'État assiste au départ de ses grognards, comme celui de Benjamin Griveaux du gouvernement, et prend son temps pour remplacer les partants. Comme si ce n'était plus sa priorité. «Emmanuel Macron s'est rendu compte qu'il était son meilleur communicant», résume un proche. Devant les caméras, c'est lui qui assure le show des heures durant et renverse la courbe sondagière. Il focalise l'attention. Il polarise le débat. «Il semble à la recherche d'un grand oral éternel où il montrerait sa maîtrise des dossiers en discourant tout à la fois de l'ours des Pyrénées et des substances toxiques dans les Tampax», ironise un visiteur du président. Le propos est cruel mais il recèle une part de vérité.

«J'ai vu Macron défoncer des ministres en Conseil des ministres. C'était chirurgical.»

Car le chef de l'État s'est fait une règle de maîtriser l'ensemble des dossiers auxquels il est confronté. «Avec lui, il faut être prêt tout le temps, au point sur tout. Quand vous vous retrouvez en tête à tête, il vaut mieux maîtriser son sujet», raconte un ministre. Emmanuel Macron a l'œil sur tout, voit tout, contrôle tout.

Nombre de ses interlocuteurs témoignent régulièrement de leur surprise de se voir interpellés par le chef de l'État sur des affaires qui concernent leurs terres d'élections ou leur ville d'attache.

Tous les matins, Emmanuel Macron épluche la presse quotidienne régionale. Il est au courant du moindre rebondissement local, de la fermeture d'une maternité à l'installation d'un feu rouge dans un petit village en passant par l'ouverture d'une nouvelle salle polyvalente. Parfois, il demande des précisions, des compléments d'information ou un éclairage particulier.

Après son débat à Pessac, le 28 février, Emmanuel Macron part d'abord dîner avec ses équipes à la préfecture. Alors que la soirée s'éternise et que tout le monde est pressé d'aller se coucher, Emmanuel Macron se tourne vers le préfet de la région Nouvelle-Aquitaine, Didier Lallement. «Allons dans votre bureau regarder ensemble les points à l'ordre du jour de la réunion de demain avec Alain Juppé.» L'échange se poursuivra jusqu'à 4 heures du matin, au grand dam du haut fonctionnaire exténué - il a aujourd'hui été nommé préfet de police à Paris, après le limogeage de Michel Delpuech.

C'est encore pire avec les membres du gouvernement. «J'ai vu Macron défoncer des ministres en Conseil des ministres, raconte un participant. C'était chirurgical.» Pas grand monde n'y échappe, pas même les membres du gouvernement réputés être les plus performants. Un jour, il passe Muriel Pénicaud sur le gril à propos des ordonnances sur le Code du travail. Un autre, il lui reproche de ne pas avoir suffisamment communiqué sur la relance des emplois francs. «C'est comme faire une promotion dans un supermarché et l'installer au fond du magasin», s'agace-t-il.

Même Jean-Michel Blanquer n'a pas été épargné et s'est vu refuser des nominations de recteurs qu'Emmanuel Macron ne trouvait pas appropriées. Il arrive aussi au chef de l'État d'ajourner des décrets, pourtant inscrits à l'ordre du jour du Conseil des ministres, lorsqu'il n'en est pas satisfait.

Seul contre tous

Certains ont remarqué que son emploi du temps présente de plus en plus de trous, de plus en plus de rendez-vous signalés par un cadenas vert sur l'agenda interne. Un signe qui désigne les rendez-vous privés… «Il voit moins de ministres, moins de technocrates, décrypte un membre de son entourage. Il diversifie ses sources.» Et semble déterminé à poursuivre dans cette voie.

En octobre dernier, Ségolène Royal dénonçait «l'exercice d'un pouvoir de plus en plus solitaire, exercé avec un cercle de proches de plus en plus restreint». Cinq mois plus tard, le cercle s'est donc encore rétréci. Sans qu'Emmanuel Macron ne s'en émeuve le moins du monde. Lors de ses huit heures de débat avec les intellectuels reçus à l'Élysée, il s'est efforcé de traiter toutes les questions et de parer toutes les critiques. L'une d'entre elles n'a toutefois pas trouvé de réponse. Une mise en garde avancée par l'économiste Jean-Claude Casanova: «La verticalité ne doit pas être la solitude.» Emmanuel Macron n'a pas relevé. Pour l'heure, il continue à se fier à son instinct. Seul contre tous.

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