Politique

Le « tous contre Macron » s'est retourné contre ses instigateurs et permet au président de rester maître du jeu. Un coup dur pour la droite.

Le Point - 31 mai 2019 - Par Michèle Cotta

Qui l'eût dit ? Qui l'y eût cru ? Après un hiver calamiteux, ponctué d'actes à répétition des Gilets jaunes, avec la France divisée, sa popularité amochée, le pronostic vital politique d'Emmanuel Macron était, il y a moins de quelques semaines, pratiquement engagé. C'était folie, au surplus, disait-on, de désigner Marine Le Pen comme son adversaire prioritaire, folie, aussi, que de vouloir la défier dans un scrutin, les élections européennes, où le Rassemblemnt national, ex-Front national, se taille depuis des années la part du lion. Et puis, voilà que les bulletins de vote à peine décomptés, le président de la République est devenu d'un seul coup le nouveau Machiavel, le stratège en chef, le maître du jeu et celui des horloges. Que s'est-il passé ? Il a pourtant perdu son pari, la liste du Rassemblement national a bien devancé celle de La République en marche. D'une très courte tête, certes, mais d'une tête quand même. Ce devait être une défaite, c'est une victoire, du moins le murmure-t-on. Pourquoi ?

Voir ici notre carte interactive du résultat des élections européennes

C'est d'abord que, dès le début de la campagne européenne tardive, l'échec d'Emmanuel Macron avait été prédit, affirmé, assuré par la totalité de ses adversaires. Tous, de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, de Laurent Wauquiez à Raphaël Glucksmann, n'ont trouvé leur unité qu'en attaquant, toutes armes dehors, le bilan et la personne même du chef de l'État, son excessive intervention dans le débat électoral, son engagement exagéré, et bien imprudent, dans le camp des progressistes contre les souverainistes. Au bout de deux ans, et de quels deux ans ! ces élections, considérées comme un scrutin de « mi-mandat », ne pouvaient que déboucher sur une sanction.

LR est devenu un interstice

Paradoxalement, ce « tous contre Macron » s'est retourné, le 27 mai au matin, lorsque, à l'exception des Verts, l'ensemble des combattants, de gauche et de droite, a été emporté par une vague qui, en plus rude, ressemblait à s'y méprendre à celle de 2017. Gauche de toutes chapelles atomisée, droite républicaine balayée, ne restent en effet, face au Rassemblement national, que le président et son parti. Jusqu'à présent, ce parti, La République en marche, n'en était pas un : il l'est devenu. Depuis des mois, on glosait, avec ironie parfois, sur son existence, son implantation, son organisation. Le paradoxe est que, avec une tête de liste sans charisme, des troupes non aguerries, un maillage bien fragile de la carte électorale, le mouvement du président s'est imposé. Il n'existait pour ainsi dire pas. Il est aujourd'hui incontournable. Et il réduit singulièrement l'espace à droite : entre l'extrême droite et le parti présidentiel, qui, ayant récupéré un million d'anciens électeurs de François Fillon, s'est installé durablement sur la droite, il n'y a plus, pour LR, qu'une faible place. « Un interstice », comme l'a dit Henri Guaino.

Tout le reste du quinquennat peut en être modifié. En faisant la preuve qu'il maintenait intact, à peu de choses près, son socle électoral, Emmanuel Macron peut considérer qu'il dispose des mêmes soutiens, donc des mêmes atouts aujourd'hui qu'au moment de son élection. Donc, pas de changement dans l'action gouvernementale annoncée.

Le clivage gauche-droite continue de voler en éclats

Dynamitant la gauche et phagocytant la droite, il a, au surplus, changé la donne à quelques mois des municipales annoncées. Les Républicains s'attendaient à des élections sans péril puisque devaient leur être opposés des candidats sans expérience, sans surface, hors-sol, en somme. Certains, comme ces trois maires LR de grandes villes, considérés comme Macro-compatibles, s'étaient même empressés quelques jours avant le scrutin de rejoindre leur camp et de le faire savoir, craignant de se faire battre en mars prochain s'ils n'affirmaient pas haut et fort leur engagement à l'égard de leur formation politique. Mauvais calcul : à Paris, avec 32 % des suffrages dans la capitale, tous arrondissements confondus, la liste Loiseau a écrasé les listes de droite. Divine surprise pour Benjamin Grivaux, tandis qu'Anne Hidalgo a dû faire triste mine devant le score (8 %) de Raphaël Glucksmann qu'elle soutenait. Ailleurs, à Neuilly, par exemple, la progression de La République en marche sur les terres de LR a été spectaculaire. Le Premier ministre Édouard Philippe, Gérald Darmanin, Bruno Lemaire n'y sont évidemment pas pour rien. Le résultat est que, désormais, les maires républicains savent qu'il leur faudra négocier avec ceux dont ils pensaient venir à bout sans difficulté dans moins d'un an.

L'histoire du quinquennat a été jusqu'ici si chahutée, si pleine de surprises, plutôt mauvaises que bonnes pour le chef de l'État, si malmenée parfois par les sorties de route en forme d'inutiles petites phrases d'Emmanuel Macron, qu'il ne faut pas conclure de cette séquence européenne à un avenir couvert de roses pour le président de la République. Mais une chose est certaine : le clivage gauche-droite continue de voler en éclats. 2019 n'a pas enterré 2017.

Partagez cet article
  1. Commentaires (0)

  2. Ajouter le votre

Commentaires (0)

Voté 0 sur 5 basé sur 0 voteurs
Il n'y a pas encore de commentaires postés ici

Ajouter vos commentaires

  1. Poster en tant qu'invité.
Rate this post:
0 Caractères
Pièces jointes (0 / 3)
Partager votre emplacement
Tapez le texte présenté dans l'image ci-dessous. Pas clair?

Ajoutez votre commentaire

5000 caractères restants


Nos Visiteurs

141662
Aujourd'huiAujourd'hui178
HierHier543
Cette semaineCette semaine2113
Ce mois-ciCe mois-ci17645
Depuis toujoursDepuis toujours141662
Le jour le plus visité et pays d'origine du dernier visiteur 01-13-2019 : 1097
UNITED STATES
US

Vous connecter

Notre Lettre d'Information

Abonnez-vous et recevez gratuitement la Lettre Ambition France.
Civ.
J'accepte que mes données personnelles soient conservées par Ambition France
Si vous ne souhaitez plus recevoir notre Lettre d'Informations, merci de vous désinscrire ci-dessus après avoir rempli tous les champs
Voir notre politique de confidentialité

Acteurs Société Civile

Europe - Consultations citoyennes