Wargon-Lecornu

Grand Débat

La synthèse du Grand débat nationale sera présentée demain matin, lundi 8 avril, à Paris. Emmanuelle Wargon et Sébastien Lecornu, les deux ministères chargés de piloter cet exercice inédit, ont accordé un entretien exclusif à Ouest-France.

 

Ouest France - 7 avril 2019 - Par Stéphane Vernay

Quatre thèmes étaient proposés aux participants, mais huit se dégagent au final et les sujets liés à l’écologie occupent le devant de la scène tandis que le retour de l’ISF ou l’instauration du référendum d’initiative populaire ne font pas l’unanimité.

Emmanuel Wargon, secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, et Sébastien Lecornu, ministre chargé des Collectivités territoriales, ont coordonné le Grand débat national. À la veille de la restitution de cette consultation inédite, les deux ministres en font le bilan, répondent aux polémiques, lèvent le voile sur une partie des conclusions et évoquent la suite du processus. Entretien.

Comment avez-vous vécu le Grand débat national ?

Emmanuelle Wargon (EW) : Bien ! C’était une aventure et une chance de pouvoir y participer. Nous avons construit quelque chose qui n’existait pas. Le tour de France avec les maires a été un moment assez intense. Partout en France, il y a eu des débats sur les enjeux nationaux avec animation et avec respect. C’était un vrai moment démocratique.

Sébastien Lecornu (SL) : Après les images de violences des extrémistes du samedi, le grand débat a redonné son vrai visage à la société française. Politique, elle aime débattre, elle est composée d’hommes et de femmes qui veulent améliorer leur vie quotidienne et prendre soin de leur pays. C’est inédit et ça servira sûrement de modèle, peut-être même pour d’autres pays. On a encore été bien singuliers, nous autres les Français…

Que retenez-vous des mises en garde ou des réserves exprimées par la présidente de la CNDP ou certains garants ?

EW : On nous a fait un procès d’intention qui ne s’est pas réalisé. Chantal Jouanno n’était pas d’accord avec le principe de la lettre du président aux Français et des quatre thèmes proposés, en disant que des questions trop fermées allaient biaiser les débats. Ce n’est pas ce qui s’est passé. Dans les cahiers, les réunions locales, les gens ont parlé très librement de ce qu’ils voulaient. La preuve : quatre thèmes qui n’étaient pas proposés se dégagent dans les synthèses, et les thèmes qui étaient mis au débat - écologie, impôts, services publics, démocratie - ont été traités. Il s’agissait bien de sujets qui intéressent les Français.

Quels sont-ils, ces quatre nouveaux thèmes ?

EW : Santé-social-intégration. Pouvoir d’achat. Entreprise et emploi. Éducation. Beaucoup de choses se sont également exprimées spontanément autour de l’attachement au territoire et à la proximité.

Tous les Français ont-ils participé ou y a-t-il eu une espèce d’entre soi dans les débats ?

SL : Là aussi, on nous avait prédit des choses qui ne se sont pas réalisées. On nous avait dit que les élus locaux ne participeraient pas : ils ont organisé la moitié des réunions d’initiatives locales et presque un maire sur deux a ouvert un cahier.

Chaque citoyen avait un moyen de participer à moins de 20 km de son lieu de résidence. On a redonné la parole à des gens qui ne la prenaient plus, notamment dans les zones rurales, où on a organisé 20 % de réunions en plus par rapport au reste du territoire.

EW : Multiplier les outils nous a permis de toucher des publics différents. La plateforme en ligne a plutôt mobilisé des urbains, les cahiers ont été très utilisés par les ruraux, et les réunions ont été assez bien réparties sur le territoire. Plus de 1,5 million de personnes ont participé directement. Un tiers via le site, un tiers dans les réunions, un tiers par l’intermédiaire des cahiers ou de courriers.

Comme ce ne sont pas les mêmes personnes qui s’expriment en fonction des différents supports, elles ne nous disent pas les mêmes choses. Cela nous donne une restitution assez plurielle, dans laquelle on n’a pas d’unanimité sur tout. Y compris sur les totems.

Qu’est-ce que vous appelez « les totems » ?

SL : Les sujets dont on a entendu le plus parler au début, notamment l’ISF ou le référendum d’initiative citoyen. On est rentré dans le débat avec ces deux totems, mais ils se sont progressivement dilués avec d’autres préoccupations.

La transition écologique, peu présente en janvier, est montée en puissance en février et début mars, par exemple. C’est un thème que l’on retrouvera très fortement dans la restitution. La baisse des impôts est évoquée sur tous les supports - ce n’est pas un scoop - mais quand on regarde ce qui est dit sur la façon de les baisser, où, comment et pour qui, des différences apparaissent.

Tout s’est-il vraiment fait en transparence ?

EW : Nous nous étions engagés sur l’exhaustivité, la transparence et la pluralité, nous nous y tenons. Demain, à mi-journée, nous mettrons en ligne toutes les analyses ainsi que la méthodologie utilisée. Ces analyses porteront sur toutes les réponses aux questionnaires de la plateforme, le compte rendu des conférences citoyennes régionales et nationales et plus des deux tiers des contributions manuscrites (cahiers, courriers, comptes rendus de réunions), le dernier tiers étant encore en cours de numérisation par la Bibliothèque nationale de France.

Tout sera disponible courant mai. La présentation de demain sera représentative de la diversité des points de vue exprimés dans le cadre du grand débat.

SL : Aucun cahier, aucun courrier ne sera oublié. Et les cahiers seront tous conservés par les archives départementales.

Et maintenant ? Qu’est-ce qui va se passer ?

SL : La restitution se fera demain matin à Paris, avec le comité des garants, par des prestataires de la mission Grand Débat National, en présence du Premier ministre, des membres du gouvernement, des bureaux de l’Assemblée nationale, du Sénat, des maires, du Conseil économique social et environnemental, de représentants des associations, des organisations syndicales et patronales, les directeurs des administrations centrales et des Français qui ont organisé ou participé à ce grand débat.

Mardi et mercredi, le Premier ministre s’adressera à l’Assemblée puis au Sénat pour poursuivre par un débat parlementaire.

Quand le président s’exprimera-t-il ?

SL : À partir de demain commence la phase de restitution. C’est un moment important. Le Président s’exprimera le moment venu afin de tirer les conclusions du grand débat. Mais si on écoute bien le début et la fin de son intervention auprès des élus de Bretagne, mercredi, on y trouve déjà quelques pistes, à mon avis…

EW : Le Président a parlé de projet national et européen à refonder et à reformuler et dit que ses décisions seraient prises « sans reniement ni entêtement ».

SL : Une partie des solutions ou des changements ont déjà été mis sur la table par les Français eux-mêmes pendant le grand débat. Les témoignages de jeunes victimes de harcèlement exprimés publiquement pendant les débats, et diffusés en direct à la télévision, ont été très forts. En marquant les esprits, ils ont fait avancer certaines causes.

Le recours à un référendum est-il toujours d’actualité ?

SL : C’est le Président qui décidera.

Tout repose sur lui ?

EW : Et le gouvernement.

SL : Depuis trois semaines maintenant, une partie du conseil des ministres est systématiquement consacrée au Grand débat. Le président invite chaque ministre à faire des propositions dans son domaine. Et les débats de mardi et mercredi sont également faits pour que les parlementaires puissent contribuer à l’ensemble. Après la démocratie d’expression libre - et très libre - du grand débat, la démocratie représentative doit prendre le relais.

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