Collectivités Locales

Sous couvert de dégager des économies, de plus en plus d’élus territoriaux renégocient leurs accords de temps de travail et innovent en matière de management.

 

Le Figaro Premium - 23mars2019 - Par Cecile Crouzel

Le verre à moitié vide ou à moitié plein ? La gestion du personnel par les communes, départements et régions a souvent été pointée du doigt pour son laxisme. De fait, le temps de travail des agents territoriaux était en moyenne de 1 578 heures par an en 2014, selon le dernier rapport de Philippe Laurent, le secrétaire général centriste de l’AMF (Association des maires de France). Soit sous les 1 607 heures correspondant à une durée annualisée de 35 heures hebdomadaires. Jours du maire, fêtes locales et autres congés pour événements familiaux s’étaient multipliés. Quant aux effectifs, ils se sont accrus de 27,5 % de 2002 à 2013, soit 405 000 agents supplémentaires en onze ans, selon la Cour des comptes, sans que les transferts de compétence liés à la décentralisation ne le justifient pleinement.

Néanmoins, ces pratiques ont de moins en moins cours. Les restrictions budgétaires imposées par les gouvernements Valls et Philippe - baisse des dotations de l’État puis plafonnement de la hausse des dépenses - ont contraint les élus à revoir leurs politiques de recrutement. Ainsi, en incluant les contrats aidés, les effectifs ont diminué en 2016 (- 0,4 %) et en 2017 (- 0,4 %) dans les communes, intercommunalités, départements et régions réunis, pour atteindre 1,97 million.

Surtout, de plus en plus de collectivités renégocient leurs accords sur le temps de travail. C’est le cas des villes de Royan, Sens ou Suresnes, de départements comme l’Allier ou le Nord, de régions comme l’Île-de-France ou Auvergne-Rhône-Alpes. Et avec, à la clé, souvent des suppressions de jours de congé (par exemple 4 exceptionnels extralégaux dans l’Allier). Ce mouvement est appelé à se généraliser : la réforme de la fonction publique, présentée mercredi prochain en Conseil des ministres, stipule que les élus locaux devront avoir supprimé, d’ici fin 2022 au plus tard, les régimes dérogatoires aux 35 heures datant d’avant 2001.
Moins de strates hiérarchiques

Plus généralement, la réforme Dussopt - du nom du secrétaire d’État qui en a la charge - va permettre de recruter davantage de contractuels - par opposition aux fonctionnaires sous statut - et de simplifier la mobilité. Des évolutions bienvenues pour les managers locaux mais pas inconnues pour certains. « Depuis longtemps déjà, la gestion RH est plus souple au sein des collectivités qu’au sein des ministères », souligne ainsi Philippe Laurent. D’abord parce que les structures, avec moins de personnel, sont moins lourdes. Ensuite parce que les « cadres d’emploi » - l’équivalent des corps - sont plus larges, ce qui favorise la mobilité entre services. Il existe ainsi depuis des années des bourses d’emploi où les agents territoriaux peuvent candidater pour des postes. Les multiples fusions, entre régions ou entre intercommunalités, ont aussi favorisé les réorganisations et donné lieu à la diffusion d’innovations managériales intéressantes.

« Beaucoup de collectivités réduisent le nombre de strates hiérarchiques car les agents, notamment les plus jeunes, sont demandeurs de cela. ­Elles travaillent aussi de plus en plus en mode projet. Aujourd’hui, pour tout chantier, vous travaillez à plusieurs services : par exemple la route, les trottoirs, l’assainissement pour l’amé­nagement urbain », indique Yohan Theuret, le président de l’Association des DRH des grandes ­collectivités locales. La part individuelle dans la rémunération se développe aussi. « 50 % des grandes collectivités environ l’ont mise en place », ajoute le DRH, pour qui « le frein principal, c’est le manque de moyens financiers ». Reste la plaie des ­collectivités territoriales : l’absentéisme, qui a augmenté d’un tiers de 2007 à 2017, selon le courtier en assurances Sofaxis. Près de dix agents sur cent manquent ainsi à l’appel chaque jour au niveau local. La réintroduction d’un jour de ­carence (premier jour d’arrêt ­maladie non payé) en 2018 devrait permettre d’améliorer la situation.

Mais les élus sur le terrain ­travaillent surtout sur la qualité de vie et la ­santé au travail. « L’ergonomie des ­postes, les matériels, les rythmes : ce sont des chantiers ­prioritaires dans beaucoup de ­collectivités », souligne Johan Theuret. Et avec, là encore, de belles initiatives à ­diffuser pour ­démontrer que la réforme, oui, est aussi possible dans la fonction ­publique…

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