Edouard Philippe-Matignon

Europe

À l’occasion du deuxième anniversaire de sa nomination à l’hôtel Matignon, le premier ministre a accordé une interview au Figaro.

 

Le Figaro Premium - 12 mai 2019 - Par François-Xavier Bourmaud, Marc Landré, Vincent Tremolet de Villers, Marcelo Wesfreid et Albert Zennou

LE FIGARO. - Vous fêtez votre deuxième anniversaire à Matignon. Deux ans après, est-ce que la France va mieux?

Édouard PHILIPPE. - Je ne verserai jamais dans l’autosatisfaction, ce n’est pas dans ma nature. Je savais, en entrant dans ce bureau il y a deux ans, qu’il y aurait beaucoup de choses à faire. Et nous en avons fait depuis beaucoup qui vont dans le bon sens: le chômage a baissé, et plus particulièrement pour les jeunes ; l’emploi industriel est reparti ; notre croissance dépasse désormais celle de l’Allemagne ; on a réformé la SNCF et fluidifié le marché du travail ; on a exécuté deux budgets avec un déficit inférieur à 3 % du PIB pour la première fois depuis dix ans ; et, pour la première fois depuis 1974, la dépense publique a baissé en volume l’année dernière… On avance donc, même s’il nous reste tant à faire. Et même si les menaces contre le pays demeurent. Souvenons-nous que deux de nos marins viennent de tomber au champ d’honneur et je veux leur rendre hommage.

Sur les réformes, on a quand même l’impression que le gouvernement marque le pas. Après une première année tonitruante, votre vague réformatrice semble émoussée. C’est la cacophonie sur les retraites, vous allez abandonner l’objectif de suppression de 120.000 postes de fonctionnaires, vous jouez la montre sur l’assurance-chômage… Avez-vous encore les moyens de réformer?

Je le pense profondément. Ces deux premières années, nous avons mené des réformes ambitieuses, et certaines d’entre elles n’ont pas été faciles. Nous allons continuer. La situation du pays l’exige, et les Français veulent des résultats comme l’a montré le grand débat. Je l’ai dit, notre politique produit des effets, ne serait-ce qu’en matière d’emploi et de pouvoir d’achat. Mais dès les prochaines semaines l’agenda est intense, avec la transformation de la fonction publique ou celle de l’assurance-chômage, ainsi que la mobilisation en faveur de nos territoires. Prenons aussi l’exemple de notre système de retraite: Jean-Paul Delevoye, le haut-commissaire chargé du dossier, rendra ses conclusions comme prévu cet été. Nous tenons le rythme et notre cap, tout en revendiquant un changement de méthode, en associant davantage les élus, les partenaires sociaux et associatifs au plus près du terrain. C’est le sens de l’acte 2 voulu par le président.

«La très grande majorité des Français n’accepte plus la ritualisation de la violence chaque samedi»

La crise des «gilets jaunes» est-elle vraiment derrière nous?

Nous avons apporté des réponses fortes à la colère et à la demande de considération de ces concitoyens. Cela dit, la très grande majorité des Français n’accepte plus la ritualisation de la violence chaque samedi. Je pense aux commerçants qui veulent qu’on les laisse travailler en paix. Je pense aux forces de l’ordre qui sont sans cesse mobilisées. Je pense à tous les Français qui, comme moi, veulent que le désordre cesse.

Le président a promis une baisse de 5 milliards de l’impôt sur le revenu en 2020, financée par des économies (et notamment la suppression de comités Théodule inutiles), un allongement de la durée du travail et la suppression de niches sur les entreprises. On voit mal comment boucler l’équation en si peu de temps sans tout axer à court terme sur les entreprises et la chasse aux niches. Votre gouvernement ne prend-il pas le risque de tourner le dos aux entreprises?

Nous n’avons changé ni de politique ni de philosophie. Il y a au contraire une très grande cohérence dans ce qu’on fait, afin de libérer et de protéger. Pour redistribuer, il faut d’abord produire et pour cela il faut des entreprises fortes. C’est pourquoi nous avons fait beaucoup pour les entreprises depuis le début du quinquennat. Mais il est parfaitement cohérent de supprimer certaines niches fiscales inefficaces si, en même temps, on abaisse les taux d’imposition sur les sociétés. Mon ambition, c’est de rendre la France plus compétitive, que les entreprises créent plus d’emplois et que le travail paie mieux. Quant aux soi-disant comités Théodule, il y a plus de 1 200 comités, commissions, conseils, organismes ou agences placés sous l’autorité de l’État en France. Tous ne sont pas inutiles, loin s’en faut, mais on peut légitimement s’interroger sur l’efficacité d’un tel empilement et, plus globalement, sur la complexité de notre organisation administrative. Vous verrez, quand je présenterai nos projets en matière d’organisation de l’État sur le territoire, que le mouvement pourra être massif.

Le président vous a renvoyé la balle sur la suppression des 120.000 postes de fonctionnaires en cinq ans. À vous de lui dire si l’objectif est tenable. Gérald Darmanin dit que oui. Et vous?

Je n’ai pas de dogme sur le nombre de fonctionnaires. On les augmente là où il y a des besoins, comme dans la police ou les armées, et on supprime des postes là où les besoins changent, comme aux impôts. Je crois profondément qu’on peut réformer l’État, conserver voire améliorer la qualité de service public tout en diminuant le nombre de fonctionnaires. La transformation de la sphère publique, c’est l’objectif, et la baisse des effectifs, une conséquence. Je me rappelle que pendant la campagne présidentielle, François Fillon proposait de supprimer 500.000 postes de fonctionnaires… Les mêmes qui soutenaient cet objectif nous disent aujourd’hui qu’on va souvent trop loin. C’est comme sur les contrats aidés. Les Républicains voulaient totalement les supprimer il y a deux ans, maintenant ils crient au crime de lèse-majesté parce qu’on en a réduit le nombre de moitié.

N’êtes-vous pas passé d’une politique de l’offre ambitieuse à une politique de relance keynésienne classique?

Il s’agit d’une accélération, pas d’une modification de la politique économique qui est à l’œuvre depuis deux ans. Pour beaucoup, il s’agit de mesures qui étaient programmées mais dont on a accéléré la mise en œuvre.

«Permettez-moi d’être prudent avec les concepts. Je ne suis pas philosophe même si j’aime la philosophie. Je suis davantage dans l’action»

Sauf sur les 5 milliards d’euros de baisse de l’impôt sur le revenu promis par Emmanuel Macron ; la défiscalisation à proprement parler des heures supplémentaires ou encore la suppression de la hausse de la CSG pour certains retraités qui n’étaient pas prévus et ne représentent en rien une accélération…

Personne ne se plaindra que l’on baisse plus et plus vite les impôts sur le revenu en France ou les prélèvements obligatoires. Ce n’est pas un procès, je crois, que les Français nous feront.

Vivons-nous un tournant social-démocrate?

Permettez-moi d’être prudent avec les concepts. Je ne suis pas philosophe même si j’aime la philosophie. Je suis davantage dans l’action. Qui est capable de définir ce qu’est la social-démocratie? Quand je regarde à gauche, on nous explique que nous sommes trop à droite, quand je regarde sur ma droite, on nous dit que nous sommes trop à gauche. Certains pensent qu’on est trop libéral et d’autres trop social-démocrate. C’est sans doute passionnant comme débat mais je trouve ça assez vain. Ce qui m’intéresse, c’est l’intérêt général, l’efficacité, la vraie justice sociale, et mettre davantage l’humain au cœur de nos politiques publiques.

La gauche est éparpillée, la droite l’est un peu moins. La recomposition politique est-elle achevée?

Est-ce que le paysage politique à gauche et à droite est stabilisé? À l’évidence non. À gauche, on voit l’émiettement, les différences de chapelles. Comme beaucoup de Français, j’ai beaucoup de mal à suivre. À droite, il y a encore beaucoup d’instabilité politique. Qu’il y ait en ce moment une reconstruction de la droite du Trocadéro, sans doute. Est-ce qu’elle se rapproche de la droite moderniste, proeuropéenne, pour laquelle je militais aux côtés d’Alain Juppé? Je ne le crois pas. Je suis parti de mon ancienne formation politique parce qu’elle était incapable de dire si elle préférait voter pour Emmanuel Macron ou pour Marine Le Pen, en rupture complète avec l’héritage de Jacques Chirac. Cette droite du Trocadéro était déjà très forte dans le maniement des objectifs et des symboles mais, je le constate depuis que je suis à Matignon, elle n’a que des postures politiciennes à opposer à ceux qui font des choix courageux.

Vous pensez, selon votre expression, qu’à droite «que la poutre travaille encore»?

J’en suis convaincu.

Pourtant, certains maires, qui étaient plutôt macron-compatibles, comme Jean-Luc Moudenc à Toulouse, Arnaud Robinet à Reims ou Christian Estrosi à Nice, ont pris position en faveur de la liste LR?

En politique, on fait des choix et on les assume. Pour certains d’entre eux, je sais que des considérations locales ont joué un rôle important dans cette décision. Je regrette leur choix, mais ça ne m’empêche pas de leur conserver des liens d’amitié et, à vrai dire, de continuer à considérer que leurs convictions sont très proches de celles de la majorité que je dirige. D’autres personnes ont fait un autre choix en soutenant la liste que nous portons pour les européennes, comme Christophe Béchu, le maire d’Angers, François Goulard, le président du conseil départemental du Morbihan, ou Laurent Hénart, le maire de Nancy. C’est aussi le cas de nombreux eurodéputés LR sortants et reconnus pour la qualité de leur travail comme Alain Lamassoure, Françoise Grossetête et d’autres. Une partie importante de la droite ne se retrouve pas dans celle de Laurent Wauquiez.

«Richard Ferrand, le président de l’Assemblée nationale, m’a dit un jour que j’avais un côté ‘’Raymond Barre longiligne’’»

L’un des effets de l’élection d’Emmanuel Macron est d’avoir atomisé le clivage droite-gauche. Est-il devenu totalement inopérant ou peut-on encore l’utiliser?

Quand je vois les responsables de la droite républicaine s’emporter contre un projet de privatisation en alliant leurs forces à celles de La France insoumise et du Parti communiste, je me dis que l’atomisation des critères de droite et de gauche fonctionne aussi dans l’opposition. Il semble loin le temps où François Fillon préconisait une accélération des privatisations.

La droite française n’a jamais été très libérale…

Cette droite ne dit pas la même chose selon qu’elle veut gagner une élection ou qu’elle se retrouve dans l’opposition.

Envisagez-vous un jour de prendre votre carte à La République en marche?

Richard Ferrand, le président de l’Assemblée nationale, m’a dit un jour que j’avais un côté «Raymond Barre longiligne». C’était le dernier premier ministre à n’avoir pas été membre d’un parti politique. J’ai évidemment pris cela comme un compliment qui m’a touché. En acceptant la charge que le président de la République m’a proposée, je me suis mis au service de la majorité qui le soutient. Je veux continuer à l’élargir parce que le pays a besoin d’unité pour réussir les réformes souhaitées par le président. J’ai choisi de faire de la politique sans être membre d’un parti, mais je suis évidemment très proche de La République en marche.

Vous définissez-vous toujours comme un homme de droite comme vous l’aviez dit le jour de votre entrée à Matignon?

Je sais d’où je viens. Je crois en la liberté, je suis prudent quand l’État intervient à l’excès, je suis un homme d’ordre et je suis soucieux des équilibres budgétaires. Ça fait sans doute de moi un homme de droite. Mais je ne sais pas si ces catégories ont beaucoup de valeur aujourd’hui. Dans la marque de fabrique d’Emmanuel Macron, au-delà du «et de droite et de gauche», j’aime le fait de considérer que les grands problèmes de notre temps ne correspondent plus à ces clivages. Les lignes de fracture ne sont plus dans une opposition entre la gauche et la droite quand il s’agit de compétition mondiale, de politique européenne ou de questions de société. Ne soyons pas prisonniers de nos appartenances partisanes, de schémas intellectuels anciens qui ne correspondent pas aux défis actuels. Le général de Gaulle l’avait bien compris à la Libération. Il faut savoir s’en affranchir pour travailler avec des personnes qui veulent avancer. C’est ça, le rassemblement qui a été initié par le président de la République. Et je suis persuadé que ce choix correspond à ce que souhaitent les Français.

Pourtant, au sein même de votre majorité, on voit parfois réapparaître sur des sujets touchant à la sécurité ou à des thèmes de société ce clivage entre droite et gauche.

Qu’il y ait des débats, c’est sain. S’il n’y en avait pas, vous me reprocheriez d’avoir une majorité monolithique. Oui, il y a des sensibilités différentes, mais les engagements du président sont tenus. J’observe que sur l’ensemble des textes, on avance. On a des majorités stables et solides.

Nathalie Loiseau est très critiquée. Elle-même a reconnu des «maladresses». Était-elle la meilleure tête de liste possible?

J’en suis sûr. J’ai travaillé avec elle au gouvernement pendant près de deux ans. Je l’ai trouvée compétente, précise, patiente et tenace. Ces qualités ne sont pas les qualités les plus utiles dans un monde médiatico-spectaculaire, mais elles sont les plus nécessaires pour défendre les intérêts de la France et marquer des points au Parlement européen. Avez-vous déjà entendu M. Bardella parler sérieusement d’un dossier économique ou de la défense de nos agriculteurs? Croyez-vous que les dossiers seraient utilement portés par la France?

L’abstention qui pourrait être massive est-elle le signe du désintérêt de l’Europe chez les Français? Les politiques ont-ils une responsabilité dans ce désamour?

L’Europe intéresse les Français. On l’a bien vu pendant la présidentielle: les Français sont attachés à l’euro. Marine Le Pen nous a expliqué que son programme passait par la sortie de l’euro, puis elle a changé d’avis, facialement du moins, car elle n’en a pas tiré les conséquences.

«Je suis proeuropéen, mais je ne suis ni fédéraliste ni euro-béat»

Sur les frontières, votre position est-elle celle que défendait Emmanuel Macron, à savoir qu’il faut «remettre à plat Schengen», ou celle qui figure dans le programme de Nathalie Loiseau? Dans ce texte, il est question de «sauvegarder» Schengen…

Mais c’est la même chose! Nous sommes attachés à la libre circulation à l’intérieur de l’espace européen, c’est le système Schengen. Cela suppose des frontières extérieures qui soient sérieusement tenues, c’est pour cela qu’il faut remettre à plat le système, pour qu’il nous protège davantage, sinon la «libre circulation» sera celle de l’immigration irrégulière.

La lettre du président de la République soulignait l’importance des frontières et mettait l’écologie au deuxième plan. Les propositions de Nathalie Loiseau font l’inverse. Pourquoi cette inflexion?

Il n’y a aucune inflexion. Ces deux sujets sont de ceux qu’il est urgent et primordial de traiter au niveau européen, et nos députés européens seront suffisamment nombreux pour les mener de front! On est à un moment charnière de notre histoire sur les questions liées à la transition écologique, à la préservation du climat et à la biodiversité.

Votre Europe est-elle fédéraliste?

Non. Je suis proeuropéen, mais je ne suis ni fédéraliste ni euro-béat. Simplement si on veut avoir une France forte, on a besoin d’avoir une Europe solide, et on a besoin d’une France influente en Europe. Les parlementaires français doivent avoir la capacité de peser sur les décisions prises par les institutions européennes. Or, cette capacité a manqué. Qui sont les sortants au Parlement européen? C’est le Rassemblement national, ex-FN!

Le président fait-il bien de s’impliquer autant dans la campagne des européennes et de personnaliser l’opposition avec le Rassemblement national?

Bien sûr! Le président de la République ne peut pas ne pas s’intéresser à l’élection européenne! Et Emmanuel Macron encore moins qu’un autre. D’autres présidents l’avaient fait avant lui, notamment Nicolas Sarkozy en son temps. Le projet porté par le Rassemblement national porte la destruction de l’Europe, il va à l’encontre des intérêts profonds de notre pays.

Marine Le Pen dit qu’Emmanuel Macron «devra partir» si sa liste ne l’emporte pas, en rappelant le départ du général de Gaulle en 1969…

Soyons sérieux. Mme Le Pen a une certaine expertise en matière de défaites électorales, et elle n’en a jamais tiré aucune conclusion. Elle confond d’abord l’élection européenne avec un référendum, et ce genre d’attaque politicienne n’a aucun sens.

«Je ne supporte pas l’idée d’opposition d’ambitions ou de postures entre les deux têtes de l’exécutif»

Les européennes donneront lieu à une lecture nationale…

Je ne doute pas qu’elles seront interprétées à l’aune nationale. Cela a toujours été le cas. La droite dans le mandat précédent disait qu’il fallait sanctionner la gauche aux élections européennes et la gauche, lorsque Nicolas Sarkozy était président, disait qu’il fallait sanctionner la droite. Ce qui m’intéresse, moi, c’est qu’on envoie à Strasbourg des parlementaires assidus et compétents, pour y porter l’ambition du président de la République pour une renaissance européenne. Je dis bien à Strasbourg! On a bien compris que la CDU, colonne vertébrale du Parti populaire européen (PPE) auquel appartiennent les LR, voulait supprimer le Parlement de Strasbourg. Pas nous.

Au bout de deux ans, où en est votre relation avec le président de la République?

Elle est très bonne, fluide, fondée, je crois, sur un très haut niveau de confiance. Elle évolue forcément. Au bout de deux ans, on se connaît mieux.

Votre désaccord sur la limitation de vitesse à 80 km/h a-t-il pesé?

Il n’y a aucun désaccord. L’acte 2 que le gouvernement doit déployer, nous l’avons préparé ensemble. Mon objectif est d’être un premier ministre qui met en œuvre les orientations fixées par le président de la République. Je le fais de mon mieux. Je ne supporte pas l’idée d’opposition d’ambitions ou de postures entre les deux têtes de l’exécutif. Ce n’est pas le sens des institutions. Quand je regarde les couples exécutifs, j’ai le sentiment que ceux qui ont bien fonctionné sont ceux dans lesquels le premier ministre jouait tout son rôle sans jamais vouloir en jouer un autre.

Concrètement, que va-t-il se passer avec la limitation de vitesse?

Mes convictions ne changent pas sur ce sujet, comme sur d’autres, au gré de la situation politique. Je suis attaché à tout ce qui peut garantir le plus haut niveau de sécurité routière. Nous avons sauvé des vies, et j’en suis fier. En 2018, nous avons obtenu les meilleurs résultats de l’histoire de la sécurité routière. Cela représente tout de même encore plus de 3 200 morts. Après, il y a une loi en discussion sur les mobilités. Un article issu du Sénat propose que les présidents de conseils départementaux peuvent remonter la limitation de vitesse. Le président a pris des engagements, la majorité voudra se faire entendre, il y aura un débat parlementaire et on trouvera sans doute une excellente solution. Elle devra passer par une vraie prise en compte des impératifs de sécurité routière.

Christophe Castaner a-t-il commis un «certain nombre d’erreurs» comme le dit Gérard Collomb?

J’ai beaucoup d’estime pour Gérard Collomb. Le maire que j’ai été sait reconnaître le travail d’un bon maire. Mais il peut m’arriver aussi d’avoir des désaccords. Lui qui sait intimement la difficulté de la mission à Beauvau devrait savoir que Christophe Castaner a utilement modifié la doctrine d’ordre public et a obtenu des résultats face à la répétition des violences. Le ministre de l’Intérieur a toute ma confiance.

Matignon est-il un enfer, comme certains de vos prédécesseurs le décrivent?

Non. Comment oser dire que ça pourrait être un enfer? Je ne dis pas que c’est facile, c’est une responsabilité exigeante que je prends très au sérieux et que j’exerce avec humilité. Mais quand vous avez l’honneur de servir le pays à ce niveau de responsabilité, de diriger une telle équipe gouvernementale, dire que c’est un enfer, c’est inacceptable.

Même si la décision ne vous appartient pas, souhaiteriez-vous rester à Matignon jusqu’à la fin du quinquennat?

Comme vous le dites, la décision ne m’appartient pas! C’est un honneur de servir la France à la place qui est la mienne. Je considère qu’un premier ministre est à Matignon aussi longtemps que trois conditions sont rassemblées: la confiance du président, le soutien de la majorité parlementaire et la volonté de faire. À mes yeux, elles sont pleinement réunies.

«Je mesure le rôle clé des fonctionnaires»

LE FIGARO. - Une mission a été confiée à Frédéric Thiriez pour réformer l’ENA et les grands corps de l’État. Au terme du grand débat, les hauts fonctionnaires paieraient-ils pour ces mois de crise?

Édouard PHILIPPE. - C’est vrai que j’ai entendu, à chaque fois que je me déplaçais dans les débats, des critiques très dures à l’encontre de la haute fonction publique. Je ne les partage pas. Je mesure le rôle clé des fonctionnaires dans le pays, et la méritocratie républicaine, l’élitisme républicain, ce ne sont pas des gros mots. Dans ma famille, mon père est le premier à avoir eu son bac. Ensuite, j’ai fait l’ENA. Pas parce qu’on me l’a donné, parce que j’ai travaillé, travaillé, travaillé. Ceci dit, est-ce qu’aujourd’hui, avec l’émiettement des écoles, avec le système de sélection et le poids du classement de sortie, on est à la hauteur de la promesse initiale de l’ENA en 1945? Il me semble que l’on peut encore améliorer bien sensiblement le dispositif, renforcer le mérite, mieux développer les carrières, renforcer la culture commune. C’est cela l’objectif de la mission de Frédéric Thiriez: proposer une amélioration en matière de sélection, de formation, de gestion de carrière.

Faut-il introduire de la discrimination positive?

Il faut toujours s’interroger sur la manière d’aller chercher les meilleurs talents du pays. Dans les responsabilités que l’on peut exercer lorsque l’on est fonctionnaire, il y a des choses qui ne se réduisent pas à l’excellence académique.

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