Europe

Dans un entretien au Figaro, la nouvelle présidente de la Commission européenne dévoile son ambition pour l’Union et se prononce contre l’abandon de Strasbourg comme siège du Parlement européen.

 

Le Figaro - 19 juillet 2019 - Entretien avec Nicolas Barotte

Après avoir été élue mardi présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen a accordé, une fois quitté son poste de ministre de la Défense en Allemagne, des interviews à plusieurs journaux européens, dont ceux de Lena (Leading European Newspaper Alliance).

LE FIGARO. - Vous avez été élue d’une très courte avance. Comment expliquez-vous la mobilisation contre vous ?

Ursula VON DER LEYEN. - La phrase que j’ai le plus entendue était : « Il n’y a rien de personnel, mais… » Je comprends bien que de nombreux parlementaires étaient en colère parce que les chefs d’État et de gouvernement de l’UE n’ont pas désigné l’un des candidats déclarés au poste de président de la Commission européenne, mais moi. Néanmoins, Manfred Weber m’a énormément soutenue. Il n’aurait pas été possible de réussir sans lui. Bien sûr, certains ont aussi voté contre moi parce que j’ai présenté une vision pro-européenne qu’ils ne partageaient pas.

Des forces eurosceptiques comme le Fidesz de Hongrie, le PiS de Pologne et le Mouvement 5 étoiles d’Italie vous ont aussi soutenue. Quelles conséquences en tirez-vous ?

La grande majorité des voix provenait de groupes Renew, PPE et S&D. Le nouveau Parlement est très hétérogène. Le travail qui nous attend consistera à trouver des majorités stables pour chaque sujet. Peut-être des différentes à chaque fois. C’est un défi, mais c’est aussi l’occasion de chercher des majorités, quel que soit l’enjeu.

Il y a eu un débat en Allemagne pour abandonner le siège du Parlement à Strasbourg. Y êtes-vous favorable ?

Non, je ne plaiderai jamais en faveur de l’abandon du Parlement de Strasbourg. C’est l’un des symboles de la réconciliation franco-allemande, qui se trouve au cœur de l’UE. C’est le fruit d’une longue histoire. Parfois, il faut investir dans des symboles.

Vous avez présenté des objectifs très ambitieux pour lutter contre le changement climatique. Comment comptez-vous les financer ? Et comment allez-vous forcer les pays réticents à soutenir vos idées ?

Honnêtement, l’Europe a compris le message. Le temps presse, nous manquons de temps. Nous devons nous concentrer sur le changement des comportements, rendre les émissions de CO2 plus chères, et investir dans la R&D et le financement vert. Il faut aussi nous assurer que la transition soit équilibrée : toutes les régions ne partent pas de la même situation. Ce qui est bon pour la planète doit l’être aussi pour les gens et l’économie.

Mais où trouver l’argent ?

Il faut fixer les bonnes priorités dans le cadre financier pluriannuel européen. Si nous n’investissons pas maintenant dans ces domaines, nous paierons un prix beaucoup plus élevé plus tard, en raison du coût des émissions, des technologies désuètes et de la compensation des pertes d’emplois. Si l’Europe avance en premier, elle possédera un avantage. Dans les prochains mois, nous présenterons un plan détaillé.

Le gouvernement allemand avait freiné certaines initiatives du président Emmanuel Macron. Que pensez-vous d’un budget pour la zone euro et d’un ministre européen des Finances ?

Je n’ai pas parlé d’un ministre européen des Finances parce que les premières questions sont aussitôt : auprès de qui est-il responsable ? Quelles sont ses responsabilités ? Donc, je ne l’ai pas proposé. En ce qui concerne le budget de la zone euro, nous disposerons d’un instrument pour la compétitivité et la convergence, ce qui est bien sûr utile et nécessaire dans un marché monétaire unique. Notre problème dans le passé a été le manque de compétitivité et de convergence. La question qui reste ouverte est la suivante : sera-t-il également accessible aux pays qui veulent adhérer à l’euro ? J’ai tendance à dire oui. Il faudrait avoir une proposition. C’est un chemin qui mérite d’être exploré.

Quelle devrait être l’ordre de grandeur du budget de la zone euro ? La France et l’Allemagne divergent.

La discussion est en cours entre États membres. Ma présidence commence en novembre. Je partirai de là. Il faudra travailler dans le détail lorsque nous aurons la nouvelle Commission. Mais le pro­blème sera sur la table.

Jean-Claude Juncker était un président politique de la Commission. Il a utilisé toute la flexibilité permise par le pacte de stabilité. Mais d’autres pays plaident pour le respect des règles quoi qu’il arrive. Dans quel camp êtes-vous ?

Il y a dans le débat européen des slogans qui arrêtent immédiatement toute forme de dialogue. Vous savez immédiatement d’où vient quelqu’un quand il utilise le terme d’« union de transfert » ou de « politique d’austérité ». Mon ambition est de changer notre langage pour que nous soyons prêts à nous écouter de nouveau et à nous concentrer sur la recherche d’une solution. Si vous examinez le pacte de stabilité et de croissance, vous constaterez qu’il offre des flexibilités que nous pouvons utiliser sans enfreindre les règles qui sont nécessaires.

En matière de politique migratoire, comment réduire les divergences, alors que depuis 2015 le fossé grandit ?

Les quatre dernières années nous ont appris que les réponses simples ne nous mènent pas loin. Tout ce que l’on entendait alors, c’était « fermez les frontières et les migrations disparaîtront », ou bien « nous devons sauver tout le monde en Méditerranée ». Nous avons vu que le phénomène migratoire ne disparaît pas et qu’il y a une limite aux capacités d’intégration. Une approche globale s’impose. Nous devons investir massivement en Afrique afin de réduire la pression migratoire. Dans le même temps, nous devons lutter contre le crime organisé et faire en sorte que Schengen puisse fonctionner parce que nous protégeons nos frontières extérieures.

Le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini, a-t-il donc le droit d’arrêter des ONG comme Sea-watch ?

C’est une obligation de sauver les gens de la noyade. Ce que l’Italie souhaite avant tout, c’est la réforme du système dysfonctionnel de Dublin. Mais je dois admettre que je me demande comment un accord aussi imparfait a pu être signé. Je comprends que les pays de l’UE aux frontières extérieures ne veuillent pas être laissés seuls face au défi migratoire. Ils méritent notre solidarité.

Les États membres qui violent l’État de droit et les valeurs européennes doivent-ils être sanctionnés ?

L’État de droit est l’une des valeurs sacrées de l’Union européenne. Pour sortir du coup de l’émotion, nous soutenons l’introduction d’un mécanisme transparent qui examinera l’état de l’État de droit dans chaque État membre. Cela permettra d’éviter de pointer certains du doigt et de s’assurer que chacun est surveillé.

Dans le passé, l’Allemagne et la France n’ont pas respecté les critères de déficit, sans subir de conséquences. La politique de « deux poids, deux mesures » nuit-elle à l’UE ?

Les mêmes critères s’appliquent à tous. Mon expérience me confirme qu’obéir à des règles sur lesquelles tous se sont déjà entendus est le seul fondement pour maintenir un certain équilibre entre les puissances de ce monde. C’est l’ordre fondé sur des règles que nous défendons. Cela s’applique aussi à l’Union européenne. Plus nous nous éloignerons des règles que nous nous sommes fixées, moins nous serons en mesure d’atteindre l’équilibre et l’équité.

 

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