Retraites

Beaucoup d'économistes interrogés par « Les Echos » jugent la philosophie de la retraite à points de façon positive. En revanche, ils divergent sur les paramètres à prendre en compte dans le futur système.

Les echos - 6 décembre 2019 - Guillaume de Calignon

Il y a ceux qui sont pour et ceux qui sont contre. Comme pour d'autres réformes emblématiques telle celle du Code du travail, les économistes interrogés par « Les Echos » sont divisés sur  le nouveau système de retraite à points que voudrait mettre en place le gouvernement. Pas tant sur sa philosophie que sur  les non-dits de l'exécutif , dont l'action est largement critiquée.

Ainsi, pour Jean-Olivier Hairault, directeur de l'Ecole d'économie de Paris, « dans son principe, le système de retraite à points est juste et efficace. Il introduit une incitation à travailler puisque toute heure travaillée compte pour la pension future et puisque les Français qui veulent une meilleure retraite devront travailler plus ». Mais en gardant le flou sur les détails de la réforme, le gouvernement a indéniablement facilité la tâche aux opposants.

« Les opposants font comme si le système actuel n'entraînait ni injustices, ni inégalités. Ce n'est pas le cas », insiste Philippe Martin, président délégué du Conseil d'analyse économique (CAE), rattaché à Matignon. Une chose est sûre : « L'universalité ne doit pas signifier uniformité », estime-t-il. « Le régime à points permet de garder la solidarité et n'empêche pas de prendre en compte la pénibilité des emplois par exemple. C'est une discussion que doivent avoir le gouvernement et les partenaires sociaux », juge cet économiste qui a conseillé Emmanuel Macron lors de la campagne de 2017.

« On peut modifier la valeur du point ouvrant des droits à la retraite en fonction de la pénibilité des métiers », estime Alain Trannoy, professeur à l'Université d'Aix-Marseille. « Il faut simplement que les parties se mettent d'accord sur quelques grands principes »Ce que les intéressés n'ont toujours pas fait .

La question de l'équilibre budgétaire

A quel horizon faut-il viser l'équilibre financier du nouveau système ? « On ne peut pas faire varier la valeur du point chaque année pour équilibrer le système, sans quoi on introduit de la volatilité dans les revenus », considère Xavier Timbeau, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). « En revanche, il faut pouvoir le bouger à long terme en fonction de l'évolution des gains de productivité et de la population active. Mais le biais court-termiste de l'équilibre est néfaste. Comme la retraite à points garantit l'équilibre à long terme du système, il n'y a aucune raison de prendre des mesures d'équilibre à court terme puisque nous léguerons un système pérenne aux générations futures ».

Tout le monde n'est pas d'accord. Alain Trannoy juge que l'équilibre doit être respecté à cinq ans, sauf pendant la période de transition entre l'ancien et le nouveau régime. Un déficit peut être accepté « temporairement pour indemniser les perdants ».

Le poids des dépenses de retraites

Autre point d'achoppement, le poids des dépenses de retraites dans l'économie française. Emmanuel Macron a indiqué son souhait qu'il ne dépasse pas 14 % du PIB, comme aujourd'hui, un chiffre élevé par rapport aux autres pays développés. Pour Philippe Askenazy, professeur à l'Ecole normale supérieure, opposé à cette réforme de l'exécutif, « les deux objectifs de ce projet, c'est-à-dire l'universalité du système et le contrôle du coût global des retraites me paraissent incompatibles. Compte tenu de la démographie, cela ne suffira pas à offrir une retraite décente à chacun ».

Podcast : Retraites : une réforme peut en cacher une autre

Philippe Askenazy, favorable à une hausse des cotisations, continue : « Comme la future retraite universelle sera insuffisante, les entreprises seront incitées à offrir à leurs salariés des complémentaires pour garder les meilleurs », prévoit-il. Au contraire, pour Jean-Olivier Hairault, « le poids des retraites dans le PIB ne peut être maintenu que si les Français travaillent plus longtemps ».

Cela n'empêche pas ce professeur d'économie d'être opposé à l'introduction d' un âge pivot , c'est-à-dire un âge à partir duquel on pourrait partir à la retraite à taux plein. Il faut dire qu'introduire un âge pivot est favorable aux personnes qui ont fait des études, c'est-à-dire les cadres, mieux rémunérés. « Il ne faut pas que la réforme crée de nouvelles inégalités, ce qui serait le cas avec l'âge-pivot. Il est préférable de garder une durée de cotisation de 43 ans à terme, avec décote en deçà et surcote au-delà », selon le directeur de l'Ecole d'économie de Paris. Un point qui là encore fait débat, puisque ce critère de durée de cotisation minimum pénalise fortement aujourd'hui les personnes aux carrières heurtées.

Réforme des retraites : la plus forte mobilisation depuis 2010

 

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