Retraites

Le gouvernement veut inciter les assurés à travailler plus longtemps. Les syndicats préfèrent augmenter les cotisations et piocher dans les réserves du système de retraite. L'équilibre pourrait également être remis à un horizon plus lointain.

Les Echos - 9 janvier 2020 - Par Solveig Godeluck

· L'âge pivot

Pour équilibrer le système de retraites d'ici à 2027, Edouard Philippe préfère de loin créer un âge pivot assorti d'une décote pour ceux qui partiraient avant 64 ans. Mais la CFDT a exigé que le gouvernement y renonce pour l'ouverture de la conférence de financement, qui se tient ce vendredi à Matignon avec les partenaires sociaux. L'exécutif a donné  des signes d'ouverture , en évoquant un « cocktail de mesures ». La majorité a aussi évoqué la possibilité d'une décote seulement temporaire pour l'âge pivot.

· La durée de cotisation

Le gouvernement tient à ce que les Français - du moins certains d'entre eux - travaillent plus longtemps. L'âge légal de départ à la retraite restera à 62 ans, a promis Emmanuel Macron. Si l'âge pivot est mis de côté à court terme, il ne reste plus que la durée de cotisation. La réforme Touraine de 2014 pourrait être accélérée : au lieu d'accroître d'un mois par an la durée de cotisation requise jusque 2035 (génération née en 1973), cela pourrait être par exemple quatre mois par an pour parvenir plus vite à 43 ans.

· La revalorisation des pensions

Si l'on voulait rééquilibrer le système d'ici à 2025 à l'aide du seul levier des pensions, il faudrait limiter leur revalorisation autour de 1 % par an (scénario intermédiaire dit « équilibre permanent des régimes »), montre le Conseil d'orientation des retraites (COR) dans son rapport de novembre - pour une inflation attendue à 1,3 % en 2021, 1,6 % en 2022, 1,75 % ensuite. Toutefois, une telle mesure serait sensible, alors que le gouvernement a renoncé à sous-indexer la pension des retraités gagnant moins de 2.000 euros par mois en 2020, suite à la mobilisation des « gilets jaunes ». Ce levier ne devrait pas être actionné.

· Le montant des cotisations

Le secrétaire d'Etat aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, a évoqué des « cotisations différenciées » sur RMC/BFMTV jeudi. Cela rejoint la proposition de l'Unsa, qui voudrait augmenter la cotisation de 2,81 % qui va être mise en place en 2025 dès le premier euro de salaire, et dont la caractéristique est qu'elle n'ouvre pas de droits. C'est une cotisation solidaire qui vient équilibrer le régime. Toutefois, l'Unsa propose qu'elle n'augmente que pour les salaires supérieurs à 10.000 euros par mois, c'est-à-dire pour les 300.000 assurés les plus aisés. Mais cela rapporterait beaucoup moins.

Il serait plus efficace d'accroître les cotisations pour tous les niveaux de revenus. Dans le scénario intermédiaire du COR, il faut les augmenter de 0,9 point pour équilibrer le système en 2025. « Les hausses de cotisation ne doivent pas nécessairement être lues comme une hausse globale des prélèvements obligatoires », mais comme « une réallocation des ressources publiques », signale le Conseil, en rappelant qu'une partie des déficits à venir sera causée par la perte de recettes en provenance d'entités publiques, Unédic, branche Famille, régimes de fonctionnaires.

Selon nos informations, le gouvernement étudie la possibilité de détourner vers le système de retraite tout ou partie de la contribution employeur au fonds national d'aide au logement (0,1 % sur un revenu plafonné à 3.400 euros pour les entreprises de moins de 50 salariés, 0,5 % sur l'ensemble des revenus pour les autres). Cette cotisation qui vient d'être réformée via la loi Pacte est attendue à 2,6 milliards d'euros en 2020. Le FNAL finance les allocations logement.

Par ailleurs, l'Unsa plaide pour que la contribution au remboursement de la dette sociale soit maintenue après l'extinction de la dette sociale, une partie étant affectée à la dépendance, et le reste au système de retraites. Néanmoins la Sécurité sociale recrée de la dette en ce moment, si bien que l'échéance de 2024 est de moins en moins sûre pour l'extinction de la dette sociale.

· Le recours aux réserves

Enfin, rien n'interdit de se donner du temps pour redresser les comptes. La CFDT et l'Unsa sont d'accord pour y parvenir « à moyen terme », ce qui signifie plutôt 2027 pour la première et 2037 pour la deuxième. Le gouvernement insiste pour sa part sur la nécessité de fixer une « règle d'or » légale de pilotage à l'équilibre sur une plage de cinq ans, une fois les comptes redressés.

Dans l'intervalle, les déficits annuels peuvent en partie être comblés en puisant dans les réserves du système.  Les 165 milliards d'euros amassés par divers régimes ne seront pas forcément mobilisables. En revanche, le  fonds de réserve des retraites pourrait mettre à disposition une vingtaine de milliards d'euros. Des économies qui seront toutefois vite mangées si le déficit dépasse 10 milliards d'euros par an en 2025, et se rapproche du double en 2030…

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